« Des intégrismes juif, chrétien et musulman, de leurs combats contre les Droits de l’Homme et des appuis,

souvent ignorés, dont ils bénéficient en France et à l’étranger »

basé sur l’ouvrage : « TIRS CROISÉS : la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman »)

Le thème général :

Depuis le 11 septembre 2001, le monde vit dans la hantise du terrorisme musulman. Mais ce traumatisme n’a pas permis une réflexion en profondeur sur l’origine de ce terrorisme : l’intégrisme. Quand il l’a fait, le monde occidental a voulu se persuader que seul l’islam pouvait susciter la barbarie. Ce qui a le mérite de rassurer et d’accréditer la thèse du "choc des civilisations".

Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER se sont plongées dans les documents, les témoignages, les interviews et lestextes sacrés. Elles apportent un cinglant démenti à cette illusion en démontrant que, sur bien des points (comme les droits des femmes, la sexualité, l’intolérance culturelle ou la violence), le monde dont rêvent les intégristes musulmans ressemble à s’y méprendre à celui prôné par les intégristes juifs et chrétiens. Mieux, malgré les apparences d’un choc des religions, leurs actions convergent vers un monde toujours plus instable et de moins en moins sécularisé dont tous

profitent.

La véritable ligne de fracture, loin d’isoler l’Islam du " reste du monde ", pourrait surtout séparer partout dans le monde les démocrates des théocrates – autrement dit, les partisans d’une cité ouverte, tolérante et protectrice des libertés individuelles –, des intégristes, fondamentalement d’accord pour prendre la laïcité sous les tirs croisés de leurs fanatismes.

Ce livre analytique par son ton et sa méthode, mais explosif par les questions qu’il soulève et les réponses qu’il apporte, est un signal d’alarme pour tous les défenseurs des libertés et de la laïcité.

Présentation des auteurs :

Caroline FOUREST est spécialiste de l’extrême droite religieuse, rédactrice en chef de la revue ProChoix ; elle enquête depuis cinq ans sur les réseaux « pro-vie » français et internationaux.

Fiammetta VENNER est boursière CNRS, en séjour post-doctoral au Cadis durant les années 2003 et 2004. Elle a soutenu en 2002 un doctorat en science politique à l'IEP de Paris (spécialisation sociologie politique et politiques publiques). Elle est directrice de publication de la revue Prochoix. Elle a travaillé sur l'opposition à l'avortement en Europe et aux USA, sur les femmes et l'extrême droite, sur le PACS et les anti-PACS et travaille actuellement sur les relations entre traditionalistes catholiques, juifs et fondamentalistes musulmans dans les instances internationales.

Elles ont déjà publié (ensembles, avec d’autres auteurs ou seules) :

Quelques commentaires à propos de « Tirs croisés ».

Le clivage majeur qui traverserait aujourd'hui l'humanité oppose Intégrisme et Laïcité. Le monde n'est pas menacé par un choc des civilisations (comme il a pu être dit) mais par l'offensive menée par l'ensemble des intégrismes (chrétiens, juifs et musulmans) alliés subjectivement et objectivement contre la laïcité, et ce depuis la fin des années 70. Au camp des intégristes, il serait urgent d'opposer le bloc des laïcs.

Ce résumé est toutefois incomplet car une thèse complémentaire structure tout le livre au point souvent d'en constituer, semble-t-il, l'argument principal : la « dangerosité », la « nuisance » ou la « nocivité » supérieure de l'intégrisme islamique par rapport aux autres intégrismes.

Chaque chapitre du livre est ainsi conçu pour nous prouver que tous les intégrismes sont puissants et détestables mais que l'intégrisme islamique l'est encore plus !

NON, l'Islam n’est pas en cause ! L'Islam n'est pas pire que les autres religions monothéistes ! Mais, l'intégrisme islamique, lui, est plus dangereux parce qu'il n'est pas confronté à des « contre-pouvoirs » comme c'est le cas dans les Etats démocratiques et laïques où se développent les autres intégrismes.

Son renoncement au « Jihad international » ne serait qu'un stratagème pour se démarginaliser et renforcer son emprise juridique. La stratégie hypocrite des prétendus islamistes modérés serait particulièrement payante : Résultat, ils n'ont jamais eu autant d'impact juridique ; autre Résultat, loin de s'effondrer, les partis islamistes se font une cure de jouvence depuis le 11 septembre.

A cet Intégrisme métaphysique, très large et très extensible, s'oppose une Laïcité, valeur suprême, à la fois très étroite et très extensible.

Très étroite, parce que la seule laïcité réelle, effective, quoique non sans limites, serait la laïcité française élevée au rang de modèle.

Extensible car elle est censée inclure une multitude de valeurs positives (la démocratie, la liberté de choix, l'égalité des sexes, la justice, etc.).

Très extensible, enfin, car finalement elle existe même si aucune de ces valeurs n'est respectée, pourvu que la religion soit juridiquement écartée de l'Etat.

Cette Laïcité pourrait inclure ainsi tous les Etats qui s'en réclament dans leur Constitution, quelle qu'en soit la réalité pratique ; selon cette définition, ont pourrait considérer comme Laïques les états suivants : la France, les Etats-Unis, les autres pays européens, la Turquie, l'Iran du Shah ; Israël est également caractérisé comme un Etat laïc.

Mais contrairement à l'image d'Épinal que nous avons de la France, la laïcité est non seulement une exception culturelle à l'échelle du monde, mais c'est une valeur en voie de disparition.

La France est l'un des seuls pays au monde dont la Constitution ne fait pas référence à la religion. Son modèle de laïcité est même minoritaire en Europe qui va bientôt s'élargir à des pays comme la Pologne (dont on sait l'attachement aux valeurs les plus réactionnaires du christianisme). Ce n'est pas pour rien si le Vatican fait un lobbying forcené sur le projet de future constitution européenne, où il a déjà gagné que les Eglises chrétiennes bénéficient d'un dialogue privilégié avec le parlement européen. Ce n'est pas pour rien que des mouvements islamistes comme l'UOIF teste la laïcité française et tente d'assouplir son modèle à force d'encourager des jeunes filles à se rendre voilées en classe.

Les difficultés que rencontre actuellement la laïcité sont éminemment liées à la question de l'intégration. Or sur ce dossier, la gestion de Nicolas SARKOZY a été catastrophique. En faisant croire que les musulmans les plus islamistes pouvaient cohabiter avec les musulmans les plus éclairés au sein du Conseil français du culte musulman, il a fait dormir le loup et l'agneau ensemble. La Mosquée de Paris se retrouve à devoir être le porte-parole de l'UOIF et l'UOIF n'a jamais été aussi légitime. Il ne faut pas s'étonner si de plus en plus d'immigrés arabes se définissent comme "musulmans" puisque le ministre de l'intérieur lui-même ne sait pas faire la différence.

Il faut résister à l'idée selon laquelle la laïcité est une valeur "occidentale". C'est un idéal que souhaitent tous les démocrates éclairés, croyants ou agnostiques, de l'Orient comme l'Occident. C'est ensemble, de façon transculturelle, que nous résisterons au totalitarisme que souhaitent nous imposer les intégristes de toutes les religions.

C’est un univers bien effrayant avec cette poussée des intégristes, tolérés voir aidés et financés publiquement ou indirectement par des forces ayant pignon sur rue.

En effet, il existe maintenant des écoles de pensée islamistes en Europe et en France. Le centre le plus actif est celui basé en Suisse : il est dirigé les frères RAMADAN (dont Tarik, et qui a été créé par leur père). Ces « écoles » se sont inspirées de la mouvance islamiste égyptienne pré et post-révolutionnaire des années 70 et de son école du Caire (toujours dangereusement « très active ») : à cette époque, l’opposition a cherché à s’appuyer sur ce courrant pour renverser autorité alors en place ; dans un deuxième temps, elle l’a négligé, sans bien prendre en considération l’impact que cela aurait par la suite.

Aux Etats Unis, le président (le plus mal élu de toute l’histoire américaine) n’a-il pas lui aussi cherché le soutient des « provie » américains ? Il soutient ses militants, qui sont les seuls vrais adversaires musclés du droit à la contraception et à l’avortement. Bush, pour remercier ses amis, les a même invités à la table gouvernementale ; les ministres de la santé et de la justice ont été choisis parmi les plus radicaux des réactionnaires chrétiens.

Dans le monde, les 3 intégrismes ne retiennent des commandements divins que ce qui les arrange : ce sont les juifs orthodoxes ou ultra orthodoxes, les chrétiens fondamentalistes et les islamistes radicaux.

Ces 3 intégrismes "font leur" cet épître de saint Paul :

« Quand Dieu est le chef de l’homme, l’homme est le chef de la femme » ;

cela revient à nier la séparation entre le temporel et le spirituel.

Pour eux, le pouvoir c’est Dieu, c’est à dire eux : c’est pourquoi ils luttent avec tous les moyens possibles contre toute sécularisation.

Ce sont des « tirs croisés » dramatiquement efficaces entre les trois intégrismes, au-delà de leurs « différences » et de leurs oppositions.

C’est ainsi qu’ensemble, à l’échelle internationale, les pays du sud (influencés par l’islamisme ou le christianisme) ont pu avec l’aide du Vatican éviter la planification des naissances à la conférence du Caire de 1994 sur la population et le développement.

Tantôt amis, tantôt adversaires, les 3 composantes radicales des religions du livre organisent la terreur, soit à petite échelle quand il s’agit des chrétiens américains (ils sont en effet limités dans leur action par les institutions démocratiques qui existent encore dans ce pays), soit à plus grande échelle quant il s’agit des islamistes (qui sont soutenus par les gouvernements d’influence islamiste).

Les deux auteurs nous font pénétrer dans les différentes ramifications nationales et internationales. On apprend même qu’au cœur d’Israël des ultra orthodoxes s’allient avec les islamistes pour combattre le sionisme.

La lutte contre l’intégrisme et le fondamentalisme est parfois rendu difficile quand ceux là même qui devraient participer au combat démocratique et laïque confondent l’expression d’une islamophobie (c’est à dire la critique de l’action menée par des religieux) et le racisme.

C’est ainsi que certains milieux de gauche et d’extrême gauche brouillent les cartes et cautionnent objectivement la politique islamiste la plus rétrograde.

Le mot "islamophobie" a été intronisé en France par Tariq Ramadan : c’est un cadeau empoisonné, inventés par les islamistes pour faire passer la critique de l'islam pour du racisme. C'est un stratagème qui s'est imposé dans les cercles islamistes londoniens au lendemain de l'affaire Rushdie : de fait, il s'est révélé beaucoup plus efficace que la lutte contre le blasphème. Au lendemain de l'affaire Scorsese, les intégristes chrétiens de l'AGRIF (l'association du frontiste Bernard ANTONY) ont eu exactement la même idée : au lieu de faire sauter des cinémas au nom du blasphème, il ont décidé de faire des procès à Charlie Hebdo pour "racisme anti-chrétien". La seule différence, c'est que tout le monde les voit venir, parce que tout le monde sait que l'intégrisme chrétien est une démarche réactionnaire. En revanche, plusieurs associations comme la Ligue des Droits de l'Homme ou le MRAP ont repris à leur compte ce mot "islamophobie", quitte à devenir les instruments d'une censure de la pensée critique. Il est quand même très inquiétant de voir que la LDH soutenait hier encore Rushdie contre les islamistes, récupère aujourd'hui ce terme (pensé contre Rushdie) et fait même des procès en "islamophobie" à des écrivains comme HOUELLEBECQ pour avoir critiquer l'Islam.

Cet ouvrage de 411 pages n’est pas pour nous rassurer sur la réalité des différents réseaux et de leurs connections ; il se termine par la seule alternative possible à cette barbarie intégriste à plusieurs voix : la séparation des églises et de l’état et la laïcité qui garantissent à la fois la liberté d’expression et de pensée et à la fois l’égalité des droits. Les auteurs rappellent que ces valeurs ne peuvent pas être greffées artificiellement mais doivent être portées par les populations elles-mêmes ; cela suppose l’expression d’une solidarité sans ambiguïté en direction de tous ceux qui luttent pour faire progresser les lois vers plus de justice, d’égalité et de liberté.

Il faut défendre et promouvoir la laïcité car (je cite) :

« c’est notre seule raison d’espérer que le XXIème siècle ne sera pas celui du triomphe des intégristes sur les démocrates

mais bien celui de la lumière sur l’obscurité ».

Résumé de l’intervention:

Les démocraties à l’épreuve des intégrismes religieux.

La bataille des idées entre capitalistes et communistes est peut-être dépassée depuis la fin de la guerre froide, mais celle qui oppose les intégristes religieux aux rationalistes est bien vivante. Contrairement à ce que voudraient laisser croire certains partisans de la laïcité molle, la laïcité n’est pas un espace neutre et vide de sens. C’est un idéal. Il faut réapprendre à défendre cet idéal et cesser de le confondre avec un renoncement idéologique.

La laïcité doit revendiquer un monde plus rationaliste, car seule la Raison permet de faire progresser les lois vers plus de justice, d’égalité et de liberté. Cette laïcité est non seulement un idéal mais c’est un idéal qui doit sans cesse être justifié et défendu. Car il est en guerre contre une autre conception de la vie en société, celle où les croyances religieuses sont sacralisées au point de ne pouvoir être critiquée.

Citoyenneté et identité.

Il fut un temps, dans les années 70-80, où la question identitaire était en France moins une préoccupation qu’actuellement. Les problèmes étaient abordés en termes de lutte de classes. Or, aujourd’hui, certaines familles, certains individus cumulent l’exclusion économique, les ségrégations spatiales et scolaires. Des discriminations que cette population a fini par intérioriser.

Ainsi, les questions sociales sont devenues des problèmes "ethniques". En fait que signifient ces revendications identitaires ? C’est sans doute la réponse à une forme de violence qui existe depuis plusieurs générations : celle qui consiste à dire "vous n’existez pas".

C’est dans ce terreau de mécontents (pour qui la religion est un espoir et un recours),que s’est installé la duplicité du discours religieux.

Laisser se développer l’existence de lieux de cultes invisibles, entretenir les ghettos en zone de non-droit, c’est installer une situation qui tend à présenter cette population abandonnée de la République comme une catégorie à part dans la nation.

Aujourd’hui et depuis une dizaine d’années, le prosélytisme religieux s’exerce de façon souterraine, en dehors des lieux officiels de culte.

C’est dans les banlieues pauvres, abandonnées par les associations laïques et l’Etat, que viennent prêcher le clergé ou des fourbes érudits.

Ces prêches sont à l’origine de la vocation de nombreux français.

La religion est en plein essor depuis quelques années dans les départements français et embrigade des jeunes dans cette mouvance en imposant sa loi.

Le contexte international depuis le 11 septembre 2001.

A moins que le 11 septembre ne sonne comme une prise de conscience laïque, tout indique que les extrémistes des 3 religions sont sur le point de profiter d’un climat international troublé pour consolider leur emprise.

Aujourd’hui, les islamistes ont plus d’impact que les juifs orthodoxes. De même, la droite religieuse américaine a plus d’impact que les catholiques lefebvristes français.

Ces mouvements intégristes religieux n’évoluent pas dans les mêmes contextes, et ne rencontrent pas les mêmes contre-feux selon qu’ils agissent au Moyen-Orient en Europe ou en Amérique, dans un pays démocratique ou théocratique.

C’est en posant la question à la lumière du contexte géopolitique et des facteurs historiques, du rapport de force entre mouvements sociaux et de l’état des relations internationales que l’on peut tenter de cerner le risque de contagion totalitaire de chaque mouvement intégriste.

La question posée est la suivante : "les intégristes sont-ils en guerre entre eux, ou oeuvrent-ils de concert pour détériorer la démocratie et la laïcité, dans le but d’assouvir un objectif commun, quitte à mutuellement se renforcer  ?"

Ainsi, le fondamentalisme musulman sunnite est sans doute celui qui présente le plus de similitudes avec le fondamentalisme protestant américain.

Probablement parce que ces deux confessions sont construites sur un mode horizontal, sans hiérarchie centralisatrice, là où le catholicisme et le judaïsme se régulent de façon plus verticale.

Comme les fondamentalistes protestants, les fondamentalistes islamistes ont l’art de sélectionner ce qui les arrange dans les textes.

Dans tous les cas et partout dans le monde, les extrémistes des trois religions contribuent à faire reculer la démocratie. La religion peut devenir à tout moment une source d’oppression, face à laquelle la laïcité est la seule source d’espoir.

Les extrémistes des trois religions et les démocraties.

Qu’adviendra-t-il si les Etats Unis sont gouvernés officiellement par la droite religieuse, si pendant ce temps l’Europe renonce à défendre un modèle laïque exigeant, au profit d’une laïcité molle plus consensuelle, si Israël (le seul pays démocratique du Moyen Orient) est grignoté de l’intérieur par des intégristes juifs ?

Un intégrisme ne prospère jamais seul. Même lorsqu’ils se détestent, les intégristes religieux se renforcent les uns les autres.

Ces intégrismes profitent au détriment des laïcs.

La religion, si elle est appliquée à la sphère politique ou publique, ne laisse aucune place aux non-croyants, tandis que l’idéal laïque ne demande pas aux religieux de renoncer à leurs croyances à titre privé.

Non seulement la laïcité et la démocratie sont les plus sûrs facteurs de bien être collectif, mais leur combinaison est aussi la seule garantie d’une vie en société où les convictions spirituelles sont respectées pour ce qu’elle sont : des convictions privées ne devant jamais s’imposer aux autres.

L’intolérable tolérance.

Bien entendu, la tolérance des démocraties fait toute sa force mais aussi sa faiblesse. La démocratie laïque est en danger chaque fois qu’un intégrisme tente d’user de sa tolérance.

Il faut réapprendre à défendre la laïcité, qui est définitivement une bonne idée à mondialiser.

Compte-rendu de la conférence de Caroline FOUREST

Faite au G:.O:.D:.F:., Rue Cadet à Paris

Par notre F:. Jean Baptiste LOI:.

27 janvier 2005

Le détail du discours des auteurs et de l’intervention de Caroline FOUREST.

L'islam n'est pas en cause mais les musulmans, si !

Ce n'est pas l'islam en tant que religion qui est en cause. Les trois religions monothéistes dérivent les unes des autres ; elles n'aiment pas les femmes et les homosexuel(le)s, condamnent l'avortement et détestent la démocratie. Elles ne sont pas Pro-choix. Les textes autorisent cependant des interprétations diverses qui permettent d'accéder à la modernité laïque. Ainsi l'islam littéral, abstrait, n'est pas responsable de l'absence de démocratie dans les pays musulmans.

Il existe, en effet, une sourate qui souligne la nécessité de la « délibération » pour les affaires de la cité. Un jour sans doute, les musulmans redécouvriront massivement la sourate de la délibération et en feront le point de départ d'un islam laïc. Malheureusement, pour l'instant, le sens de l'Histoire n'a guère joué en faveur des partisans de cet aggiornamento.

Les musulmans libéraux restent pour l'instant très minoritaires et l'Islam n'a pas encore fait son « aggiornamento » comme la chrétienté. La conception réactionnaire de l'Islam reste donc dominante dans le monde arabo-musulman (également absolutisé).

Même si les partis intégristes ne sont pas (encore ?) partout au pouvoir, là où il y a Islam, l'Intégrisme (actif ou dormant) est dominant.

Les populations des pays arabes (et musulmans en général) sont, en effet, présentées comme particulièrement prédisposées à accueillir des interprétations intégristes de l'Islam.

Cette affinité remonterait très loin dans l'histoire. Elle s'expliquerait par la faillite de la civilisation musulmane face aux progrès de la civilisation occidentale (judéo-chrétienne). Les musulmans ne parviendraient toujours pas à surmonter la « première vraie crise de succession ayant déchiré l'islam » en 656.

Pour surmonter le traumatisme historique de 656, les musulmans auraient ainsi privilégié une stratégie de l'évitement : ils se sont réfugiés, d'une part, dans le mythe d'un retour à l'âge d'Or de l'islam (en expliquant leur décadence et leurs divisions par la trahison des préceptes originels et sacrés de leur religion) ; d'autre part, ils ont fait porter la responsabilité de leurs faiblesses à un Occident triomphant et à ses valeurs.

Ces convictions, toujours profondément enracinées dans l'esprit des peuples musulmans, détermineraient ainsi une sorte d'affinité élective avec l'intégrisme.

La colonisation serait à interpréter avec la même grille. Ce que lui reprochent FOUREST et VENNER, c'est d'avoir été un prétexte supplémentaire à l'extension de l'islamisme.

Par delà la seule question palestinienne, le mythe d'un califat restauré permet à l'islamisme de rallier tous ceux qui, du Proche-Orient jusqu'en France, veulent croire que leurs frustrations quotidiennes ne dépendent pas d'eux mais des autres.

Quels autres ? L'Occident, l'Amérique, les Juifs ; Tous ceux qui, en menant une politique colonialiste ou impérialiste, peuvent ressusciter, par opposition, l'unité des croyants ; Le monde arabo-musulman qui est allergique au rationalisme et est incapable de résister aux sirènes de l'intégrisme. Le formidable ascendant de l'intégrisme sur les populations musulmanes serait dû également à la politique des Etats qui refusent de proclamer la laïcité dans leur Droit et continuent de s'appuyer sur la Charia.

Premier postulat :

Le seul fait d'agir au nom de la religion dans un pays où le pouvoir temporel est indistinct du pouvoir spirituel rend en effet les intégristes supérieurs aux laïques. En se revendiquant du fondamentalisme, les intégristes apparaissent aux yeux de la population comme légitime dès lors qu'un pays applique des lois vaguement inspirées de la Charia.

Deuxième postulat :

les Etats arabes ne sont pas démocratiques ; ils sont corrompus. Par conséquent, la population a tendance à se jeter dans les bras des islamistes, nécessairement légitimes puisqu'ils se réclament de la Charia.

Troisième postulat :

Face à un pouvoir parfois étouffant (Algérie, Turquie, Tunisie), un mouvement politique souhaitant incarner une alternative peut difficilement faire l'économie de la référence à l'islam. Comment être plus légitime que l'armée si ce n'est en marchant dans les pas du prophète ?

Toutes ces affirmations, présentées comme autant de truismes, n'ont pas d'autres objets que de souligner l'affinité profonde des peuples musulmans avec l'Intégrisme.

L'islam, comme texte, n'est pas plus coupable que les autres religions monothéistes, soit ! Mais la responsabilité incomberait aux peuples musulmans qui – à de rares exceptions près – s'accrochent contre toute logique à une interprétation intégriste du Coran.

Depuis plusieurs siècles, les musulmans seraient les prisonniers consentants de quelques cercles particulièrement vicieux : leur interprétation rigoriste de l'islam fonde l'autoritarisme des régimes politiques sous lesquels ils vivent et pour protester contre ces autoritarismes, ils ne trouvent rien de mieux à faire que d'exiger l'application des préceptes intégristes de l'islam !

Les musulmans souffrent de leurs archaïsmes et d'un manque de développement qui ont permis leur domination par l'Occident, mais, au prétexte de protester contre cette domination, ils rejettent les valeurs de cet Occident qui permettraient pourtant de rattraper leur retard !

Bien sûr, Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER envisagent la possibilité d'un « aggiornamento de l'islam » portée « un jour, sans doute » par les élites musulmanes libérales. Mais leur diagnostic réel affleure à la surface transparente de leur ouvrage commun : les musulmans souffriraient d'une sorte d'atavisme historique qui les condamneraient à générer toujours plus d'intégrisme.

De la « nocivité » supérieure de l'islamisme.

Il serait faux d'affirmer, écrivent les fondatrices de Pro-choix, que l'intégrisme musulman ne présente pas un risque accru. L'islamisme occupe effectivement la pole position chez les intégristes. Il est actuellement le mieux placé pour exercer ses diktats et terroriser ceux qui lui résistent.

Mais cette force n'est pas liée à une différence de fond avec ses homologues juifs et chrétiens.

Ce surcroît de nocivité n'a rien à voir avec la religion mais avec l'instrumentalisation de la religion.

Quelles sont donc les raisons de cette dangerosité accrue de l'islamisme ?

Le pouvoir de nuisance des intégristes, nous expliquent FOUREST et VENNER, dépend avant tout des résistances qu'il rencontre.

Or, l'intégrisme musulman rencontre moins d'opposition que l'intégrisme juif ou chrétien du seul fait qu'il évolue dans un nombre important de pays où la religion inspire toujours la loi commune, ce qui a pour effet de rendre les islamistes supérieurs aux laïcs, même lorsqu'ils sont persécutés par le régime politique en place. Ainsi, les Israéliennes victimes de persécutions de la part de Juifs orthodoxes savent qu'elles peuvent demander à l'Etat de les protéger.

Les femmes victimes du sexisme des intégristes musulmans, elles, n'ont aucun recours. En Arabie Saoudite, l'Etat est leur plus grand ennemi.

A la différence de Mea SHÉARIM ou de saint Nicolas du Chardonnet, qui ne sont que des communautés, l'intégrisme musulman et ses préceptes misogynes exercent une pression directe, sans contre-pouvoirs et par le biais d'un Etat, sur le quotidien des femmes du monde arabe et/ou musulman.

Voilà bien l'une des clefs expliquant le surcroît de dangerosité de l'islamisme :  il débouche sur une contrainte juridique publique, là où les intégrismes chrétiens et juifs agissent par le biais d'une contrainte privée.

D'autres raisons inciteraient également à penser que l'intégrisme musulman est plus dangereux que ses homologues juif et chrétien.

Si l'intégrisme musulman n'a pas le monopole de la violence, il est le seul à bénéficier d'un stock de bombes humaines.

"L'intégrisme musulman est d'autant plus dangereux, ajoutent FOUREST et VENNER, que son financement, lui aussi, bénéficie d'une absence de garde-fous."

Les intégristes chrétiens ont beaucoup d'argent mais ils l'investissent honnêtement ; ils prospèrent grâce aux bienfaits du capitalisme à l'américaine mais même ce capitalisme-là impose que l'on suive certaines règles sous peine de faire peur au marché. Ce qui n'est pas le cas, nous disent les auteurs, de l'islamisme dont les capitaux ne sont pas dépendants d'une économie nationale mais transnationale, toujours moins régulée.

L'argent chrétien est national ; il respecte des règles.

L'argent musulman évolue dans l'opacité de l'économie transnationale ; il n'est pas contrôlé ; il est « sale », fruit de « toutes sortes de trafics », drogue et prostitution.

Autre argument : l'intégrisme musulman bénéficie de la complicité d'associations humanitaires, des tiers-mondistes et de l'extrême gauche.

A force de se confondre avec la lutte légitime contre le racisme arabe, la lutte contre l'islamophobie agit comme un cheval de Troie qui affaiblit la laïcité.

L'extrême gauche a aussi le tord déraper aussi sur un autre terrain, celui d'un anti-sionisme dont la frontière avec l'anti-sémitisme serait particulièrement poreuse. A l'appui de cette thèse, ne sont cités (seulement !) que 3 sources : le militant d'extrême gauche Thierry MEYSSAN (auteur de « L'effroyable imposture ? »), l'avocate Lynne STEWART (qui a plaidé en faveur de Cheikh Abdelrahman) et des propos anti-sémites tenus à la Conférence de Durban (sans qu'on sache trop d'ailleurs par qui).

Mais la principale raison de la dangerosité particulière de l'islamisme serait dans la dépendance des Etats-Unis par rapport au pétrole.

L'Amérique (le pays qui est sans doute le plus dépendant à l'égard de cette source d'énergie) n'a pas toujours cherché à freiner cet approvisionnement. Il est vrai que les Etats Unis ont longtemps soutenu les courants islamiques les plus réactionnaires (Taliban, par exemple) et que cette politique, pour être plus sélective, n'appartient pas vraiment au passé. Cette dépendance mutuelle éclaire toute la complexité d'une guerre déclarée au terrorisme islamiste qui n'a pas la volonté ou la capacité de s'attaquer aux bailleurs de fonds de ce terrorisme.

L'un des facteurs expliquant le surcroît de dangerosité de l'islamisme tient à cette question : les Etats-Unis ont-ils l'intention ou les moyens de mettre un terme au carburant du terrorisme ?

Autrement dit, un gouvernement de néo-conservateur américain élu grâce au soutien du lobby pétrolier (mais aussi grâce à celui du lobby intégriste) est-il bien placé pour mener une politique réellement efficace contre ce terrorisme ?

En effet, comme le sous-entend Thierry MEYSSAN dans son livre (sans que les auteurs de Tirs Croisés ne l’approuvent complètement !), il ne faut pas oublier que le gouvernement américain est extrêmement manipulateur et finalement presque plus dangereux que l'islamisme.

Malgré ses bombes humaines, son argent sale, ses foules arabo-musulmanes fanatisées et impuissantes, l'islamisme semble bien inoffensif par rapport à la puissance des intégrismes chrétiens et juifs, du moins tels qu'elles nous les présentent, influençant la politique des Etats les plus puissants du monde.

Or, c'est à l'idée inverse qu'elles aboutissent.

Il ne faut pourtant pas oublier l’intégrisme chrétien, mené par le Vatican et composé de multiples associations de par le monde, plus particulièrement aux Etats Unis.

Si le critère décisif de dangerosité est l'existence de contre-pouvoirs juridiques ou sociaux susceptibles de s'opposer à l'emprise intégriste, il est difficile d'admettre que les intégrismes chrétien et juif sont moins nocifs que l'intégrisme musulman.

Quant aux intégristes juifs, en Israël, on voit mal également à quels contre-pouvoirs ils se heurtent. Leur influence, selon les deux auteurs, est ascendante de même que leur implication directe à tous les niveaux où se prennent et s'appliquent les décisions.

Un parti pris pro-israélien?

Dans leur Avant-propos, les deux auteurs affirment leur parti pris laïc ; elles ne prennent pas le risque cependant de reconnaître leur parti pris en faveur d'Israël, « le seul pays démocratique du Moyen-Orient ». Bien évidemment, elles aspirent à la paix et se démarquent de la politique de Sharon.

Tout d'abord, comme on l'a noté plus haut, l'idée que la question palestinienne n'est qu'un prétexte, un alibi pour camoufler d'autres enjeux : le conflit est une aubaine pour théâtraliser une forme d'affrontement entre le Bien et le Mal propre à exporter la colère.

Pour la majorité des peuples du Machrek et du Maghreb, le fait qu'Israël occupe des territoires en Palestine sert aussi souvent de prétexte pour reporter l'aggiornamento de l'islam à plus tard. C'est en tout cas, l'argument avancé par certains gouvernements dictatoriaux pour refuser la démocratisation de leur pays.

Les intégristes sont stigmatisés pour leur opposition au processus de paix mais la responsabilité principale de l'échec du processus incomberait aux palestiniens et à la seconde Intifada qui n'aurait pas de légitimité.

De même, l'Autorité palestinienne et Arafat sont directement responsables des actions kamikazes. FOUREST et VENNER accusent l'Autorité palestinienne de faire la promotion des attentats-suicides dans les écoles. Et elles vont plus loin encore en impliquant également les Etats arabes :

On pourrait résumer ainsi le propos de Tirs croisés sur la question :

"Israël est doublement victime, victime des palestiniens (peu ou prou intégristes ou manipulés par ceux-ci) et victime de ses propres intégristes juifs, lesquels l'obligent à commettre des actes qui nourrissent l'intégrisme le plus nocif, l'intégrisme musulman."

De quelques régimes " parfois étouffants "

Des Etats sont connus pour avoir tenter de résoudre par la violence le problème islamiste : cette méthode est connue pour son inefficacité.

Quand ils sont persécutés, les intégristes sont les plus forts.

La laïcité imposée par en haut risque, de même, d'alimenter un regain d'intégrisme en retour.

C'est la leçon qu'elles tirent de l'expérience du Shah d'Iran et de Kamel ATTATÜRK (traités dans leur ouvrage de manière plutôt complaisante par les deux auteurs, ainsi que le cas du pouvoir Benaliste en Tunisie et de l'armée algérienne).

Parmi les complicités dont bénéficierait l'islamisme, FOUREST et VENNER évoquent celui de l'association Reporters sans frontières.

Elles prennent l’exemple de Mohamed EL HACHMI EL HAMDI (membre du parti islamiste tunisien ENNAHDHA dont il s'est séparé il y a bien longtemps pour soutenir Ben Ali avant de se brouiller avec celui-ci pour des raisons tout à fait obscures), et quelques-autres (sans pour autant développer plus avant le cas des 600 personnes, islamistes ou présumés tels, sont encore détenus dans d'effroyables conditions, certains depuis plus de 13 ans).

L'Occident laïc assiégé.

Il y a deux camps : rationaliste et fanatique.

Pour les auteurs, la seule véritable laïcité est la laïcité française qui souffre d'être unique : A l'échelle du monde, elle reste pourtant une exception cernée de toutes parts par l'adversité. Ce serait à la France de retrouver le sens de sa mission et de se battre pour le redressement du monde et pour la laïcité.

En premier lieu, en résistant à son principal adversaire intérieur, l'intégrisme islamique et, en second lieu, en s'opposant au principal adversaire de la laïcité au niveau mondial, l'intégrisme islamique, bien sûr.

Autour de la France, l'Europe. Sa laïcité est douteuse : la fermeté laïque n'est pas du tout le modèle majoritaire au sein de l'Union européenne élargie. Mais elle reste la seule voix susceptible d'introduire un peu de rationalisme dans le jeu international.

Troisième cercle, les Etats à la laïcité molle, sans autre contenu que la liberté de conscience, mais dont le mode démocratique de gouvernement constitue un contre-feu à une influence intégriste néanmoins croissante. Dans ce troisième cercle, figurent sans doute les USA et Israël.

Quatrième cercle, les Etats qui s'affirment juridiquement comme laïcs (la Turquie par exemple) ou qui chemineraient dans le sens de la modernisation sans être des démocraties ni vraiment des dictatures (l'Algérie ? la Tunisie ?).

Face à cette alliance des laïcs : le camp des intégristes.

Les uns, dont on peut contenir l'influence néfaste grâce aux mécanismes de la laïcité, ce sont les intégrismes chrétien et juif, et l'autre, l'islamique, que rien ne retient et qui représente une tendance profonde et active de la population des pays arabo-musulmans.

Un interview de Caroline FOUREST (alarmant).

VOUS COMPAREZ LES INTEGRISMES CHRETIEN, JUIF ET MUSULMAN ET VOUS AFFIRMEZ QUE L’ISLAM N’EST PAS: « LA SEULE SOURCE DE FANATISME »...

Caroline FOUREST:

"Il n’existe pas de choc des civilisations qui opposerait l’Occident chrétien à l’Orient musulman. Le vrai choc est entre deux projets de société : l’un démocratique et laïque, l’autre théocratique et réactionnaire.

Nous assistons à un retour en force des lectures extrémistes des trois religions du Livre. Leur point commun est la domination masculine.

Les intégristes musulmans d’Arabie Saoudite ont la même conception du statut de la femme que les ultra-orthodoxes juifs.

La différence, c’est qu’Israël est une démocratie, laïque en principe et qu’une femme peut porter plainte si elle est agressée tandis qu’en Arabie Saoudite ou en Iran, c’est l’État lui-même qui la condamnera au nom de la Charia."

VOUS AVEZ OBSERVE UNE RECONQUETE POLITIQUE DES MOUVEMENTS INTEGRISTES…

Caroline FOUREST :

"C’est en effet effrayant de voir à quel point nous avons tourné la page des années soixante-dix pour entrer dans l’ère du retour à l’obscurantisme.

En Russie, la Douma vient d’examiner une loi contre le blasphème.

Aux États-Unis, la Christian Coalition recouvre une bonne centaine d’associations sans laquelle aucun candidat républicain ne peut se faire élire. Georges Bush en est la parfaite illustration : il a dit qu’il était l’instrument de Dieu en déclenchant la deuxième guerre du Golfe qu’il a menée comme une véritable croisade.

La droite religieuse américaine est aussi très active en Amérique latine où elle a exporté des sectes charismatiques pour combattre la théologie de la libération.

Je ne parle même pas des pays arabo-musulmans, toujours soumis à la pression islamiste, ni du conflit au Proche-Orient pris en otage par les intégristes musulmans.

Cette reconquête intégriste a des effets sur les conférences mondiales de l’Onu où le Vatican orchestre une alliance qui va de la droite religieuse américaine jusqu’à l’Arabie Saoudite et à la quasi-totalité des pays de l’Organisation de la Conférence islamique en passant par la Pologne.

Tous unis contre ce que le Vatican appelle « l’impérialisme contraceptif », c’est-à-dire la planification familiale présentée comme une tentative faite par les pays du Nord d’exterminer les pays du Sud par la régulation de ses populations.

Ceux que l’on appelle les intégristes utilisent la religion à des fins politiques.

Dans ce jeu, l’islamisme n’est ni pire ni meilleur mais il est plus dangereux.

En tant que mouvement politique, il a trouvé des alliés que n’ont pas les autres intégrismes, y compris dans une partie de la gauche radicale, grâce à sa posture anti-sioniste et anti-impérialiste.

Cette gauche privilégie la lutte avec les islamistes au nom de la lutte prioritaire contre le colonialisme et l’impérialisme quitte à trahir les idéaux féministes et laïcs qui font aussi partie de l’alter mondialisation".

L’UNION EUROPEENNE EST-ELLE UN ENJEU POUR LA LAÏCITE ?

Caroline FOUREST :

"L’Europe est le seul lieu où la laïcité veut dire quelque chose. Dans cet espace, la France est le seul pays qui ne fait pas référence à la religion dans sa Constitution. C’est pourquoi les mouvements islamistes, mais aussi le Vatican, ont autant envie de faire fléchir la laïcité française pour ensuite infléchir la politique européenne vis-à-vis des religions.

Le Vatican a chargé la Commission des épiscopats de la Communauté européenne de faire du lobbying auprès des parlementaires européens en vue d’obtenir que les églises chrétiennes aient une relation privilégiée avec le parlement et que soit reconnu « l’héritage religieux chrétien » dans le préambule de la Constitution ; ils désirent qu’elle contienne une invocation à Dieu. Sur ces deux derniers points, la négociation n’est pas terminée. Or, l’Europe va s’ouvrir à des pays tels que la Pologne que l’on sait être très proche du Vatican. Je m’inquiète beaucoup plus de son entrée dans l’Union que de celle de la Turquie.

Parce que la Turquie est un pays laïc, tandis que la Pologne est en plein retour aux valeurs chrétiennes. La question de la laïcité dépasse largement le cadre français : c’est un enjeu européen et même mondial."

Un Traquenard le 31 mars 2004 dernier à l’Institut du Monde Arabe

"J’ai enfin compris la lettre de démission envoyée par Bétoule Fékar LAMBIOTTE à Nicolas SARKOZY au moment du CFCM, lorsqu’il a offert l’islam de France à l’UOIF. Elle expliquait qu’elle ne pouvait pas participer en France à ce qui avait tué l’Algérie...

Depuis que Caroline et moi avons décidé d’assumer de combattre simultanément les intégrismes juifs, chrétiens et musulmans, les choses ne sont plus aussi faciles que quand nous ne combattions que l’intégrisme chrétien. Nous avions, à Prochoix, décidé de répondre par l’écrit mais les attaques ont redoublé. Et nous ne sommes pas les seuls. Les membres de la commission Stasi qui ont pris des positions courageuses se sont vu menacer de mort. Une infirmière bien connue des quartiers, qui a témoigné à la commission Stasi, s’est vue signifier quelle "finirait dans une cave". Plusieurs participantes de Ni putes ni soumises se sont vues insultées. Des militants nationalistes arabes qui les soutiennent se sont fait traiter d’"arabes enjuivés". Localement des militants antiracistes d’origine algérienne ou iranienne, réfugiés parce-qu’ils ont fui les intégristes dans leur pays, ont vu leurs amis soutenir les partisans du GIA en France.

Désormais, nous appliquerons à la lettre, la méthode que nous avons employée contre les intégristes chrétiens:

1-     Nous parlerons par tous les moyens, de tout exemple de personne diffamée, injuriée, attaquée,

2-     Nous dénoncerons toute collusion entre l’extrême droite religieuse (chrétienne, musulmane ou juive) les associations et les individus qui n’en font pas encore partie. Nous demanderons des explications à toutes les associations et leurs soutiens dont certains membres ont été impliqués dans ces collusions et nous publierons leurs réactions,

3-     Nous n’hésiterons plus à poursuivre en justice tout acte diffamatoire, injurieux ou menaçant à notre égard. En octobre, nous ne l’avons pas fait contre une association qui démarrait une campagne de diffamation à l’égard de Prochoix. Nous le regrettons aujourd’hui. Nous porterons systématiquement plainte, car il faut remettre du droit dans toute cette folie.